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Joseph Csoka , importateur passionné paru dans les D.N.A.09 décembre 2003

Joseph Csoka Importateur passionné

En douze ans d'expérience, Jozsef Csoka, importateur hongrois installé à Strasbourg, a vécu les hauts et les bas des relations commerciales avec l'Est, avec une certitude : être Européen.

 

Affiché comme cela, ce profond sentiment d'appartenance à la « vieille Europe » n'a, à priori, pas grand chose à voir avec les relations commerciales établies entre la Hongrie et l'Alsace lesquelles, au fil des ans, ont pris de l'importance. Mais à entendre Jozsef Csoka, 55 ans, l'entrée prochaine de la Hongrie dans l'Union européenne n'est que l'aboutissement logique d'une vieille histoire, dont l'appartenance à l'ancien bloc soviétique n'a été qu'un « aléa », une parenthèse.
« Religion, valeurs, philosophie, littérature : on s'est toujours senti européen », dit-il dans son magasin, au centre de Strasbourg, consacré exclusivement aux produits artisanaux qu'il importe de Hongrie : poterie (notamment la célèbre poterie noire), mais aussi chemises ou nappes brodées, oeufs décorés et, bien sûr, les vins dont il s'est fait une spécialité.
Aussi, lorsque, voilà quinze ans, il quitte la Hongrie, pour entamer une nouvelle vie en France - l'idée était alors de poursuivre des études économiques après sa maîtrise passée à Budapest - Jozsef Csoka ne s'est pas senti totalement étranger. Certes, il y avait la langue à parfaire et un métier à trouver. Mais pour ce cuisinier de formation « il y a toujours eu du travail pour dépanner », en attendant que se concrétisent ses projets commerciaux. En 1991 il crée, en effet, une petite société proposant aux entreprises hongroises de trouver des débouchés en France et aux entreprises françaises de l'industrie agro-alimentaire (autoclaves, sertisseurs, boîtes de conserves) d'atteindre des clients hongrois.
 Ce ne fut pas, à franchement parler, un succès. « C'était l'époque où le marché s'ouvrait, où le processus de privatisation se mettait en marche et il y avait beaucoup de magouilles », dit-il, ajoutant avec humour: « Je ne suis pas fait pour cela. Ce n'est même pas du tout dans mon caractère, moi qui, durant mes études d'économie, me suis passionné, au début des années 80, pour les travaux de Tibor Liskar et ses convictions selon lesquelles l'économie ne peut être dissociée des questions sociales ».

De marchés en foires

Le meilleure façon de se mettre en accord avec soi-même, c'est de vivre selon ses convictions. En 1993, Jozsef Csoka « change d'orientation ». Il reste dans l'importation de produits hongrois, mais ne garde des relations qu'avec des artisans qu'il connaît. « J'avais travaillé en Hongrie dans une coopérative regroupant 500 artisans dispersés dans l'ensemble du pays. Elle s'occupait de la commercialisation de leurs produits. Cela avait été très enrichissant », se souvient-il.
Aussi, reprenant contact avec ces « gens de talent, dans des villages perdus », il se propose, une fois la coopérative disparue, de vendre les produits d'une quinzaine d'entre eux en France. Il les fait connaître d'abord dans des salons, comme la Foire Européenne ou sur des marchés, comme celui du boulevard de la Marne à Strasbourg, puis aujourd'hui, également dans un petit magasin qu'il ouvre l'après-midi. L'insistance de ses clients lui demandant des vins de Hongrie convainc vite ce passionné de gastronomie - «Ah l'harmonie d'une bonne association entre un mets et un vin!».
Jozsef Csoka est aujourd'hui l'un des spécialistes français de l'importation et de la distribution des « vins fins de Hongrie ». Il est même sur ce sujet intarissable et énumère facilement la liste des nombreux cépages locaux, comme par exemple le kéknyelu (tige bleue) qui ne se trouve que dans la région de Badacsony (au nord du lac Balaton) et déjà connu des Romains. Il parlera également avec la même passion du Tokaji - « le vrai » - qui a donné son nom à une région viticole hongroise. Cette tradition viticole de la Hongrie est d'ailleurs selon lui un « grand avantage » par rapport aux nouveaux pays viticoles, qui n'ont pas acheté des cépages typiquement hongrois pour en faire des vins concurrents.

« Comme pour un bateau »

L'importation du vin n'a pas été ce qui fut le plus difficile dans la carrière de l'importateur. Car des formalités, Jozsef Csoka en a connues. « Il y avait même d'énormes difficultés, notamment pour le textile. Quand je voulais faire venir trente chemises brodées, il me fallait suivre le même processus que celui d'un bateau rempli de T-shirts chinois ! Car, à l'époque, le textile était contingenté et les formulaires remplis faisaient des allées et venues entre Paris et Bruxelles, ça durait au moins trois semaines. »
Mais au fil des ans « les taxes ont baissé et le contingent a augmenté pour disparaître voilà trois ans », note l'importateur hongrois pour qui le processus d'harmonisation, lancé il y a six ans, s'est traduit par « des changements notables, parallèlement avec la libre circulation des marchandises ».
C'était ce qu'il avait espéré en se lançant dans le commerce entre la Hongrie et l'Alsace. C'est ce qui est pratiquement atteint aujourd'hui. Mais pour Jozsef Csoka, de nouveaux problèmes se profilent.

Des craintes

« Les produits que je vends sont le résultat d'un travail et de beaucoup de main d'oeuvre. Quand j'ai commencé à les vendre ici ; je pouvais proposer des prix compétitifs. Pour l'instant, les salaires restent bas, mais jusqu'à quand ? On voit déjà en Hongrie des hausses de prix et il va falloir que les gens vivent... », constate-t-il. Il discerne, dans le secteur artisanal hongrois qui lui est familier, trois difficultés qui s'amorcent : une hausse des salaires qui va « rendre ses prix moins attractifs », la disparition d'une génération « dévouée » notamment celle des brodeuses dans les campagnes et une « occidentalisation portée sur le consumérisme qui s'accentue ».
Ces craintes, il les a d'abord et surtout pour son pays, pas vraiment pour lui. « Proposer à la vente ses produits c'est parler de ce pays que j'aime, en lequel j'ai foi. » Il est sûr qu'il saura, une fois de plus, « s'adapter » et que le tournant vers la gastronomie, avec des cavistes et des restaurateurs pour clients, lui ouvre de nouveaux horizons. C'est un secteur où l'on est ici habitué à payer pour la qualité. Et la qualité, Jozsef Csoka, qui s'oriente également vers les produits biologiques, en a fait son fond de commerce.

Jacqueline Perez